Prostituée Flaubert
Jai été avec un matelot chasser tout seul dans un champ de coton, sous des palmiers et des gazis. La campagne était belle. Des Arabes, des ânes, des buffles allaient aux champs. Le vent soufflait dans les branches minces des gazis. Cela sifflait comme dans les joncs. Les montagnes étaient roses, le soleil montait, mon matelot allait devant moi, se courbant pour passer sous les buissons et me désignant dun geste muet les tourterelles quil voyait sur les branches. Je nen ai tué quune : je nen voyais pas. Je marchais poussant mes pieds devant moi, et songeant à des matinées analogues à une entre autres, chez le marquis de Pomereu, au Héron, après un bal. Je ne métais pas couché et le matin javais été me promener en barque sur létang, tout seul, dans mon habit de collège. Les cygnes me regardaient passer et les feuilles des arbustes retombaient dans leau. Cétait peu de jours avant la rentrée ; javais 15 ans. Jean Bruneau a dailleurs montré que cet épisode avait été repris dans nombre de textes de fiction de Flaubert, de Madame Bovary bal de la Vaubyessard à Hérodias méditation dHérode Antipas. Voir Flaubert, Correspondance, t. I, op. Cit, p. 1087 n. 2 de la p 607. 8 Gustave Flaubert, Correspondance, t. I, édition de Jean Bruneau, Paris, Gallimard, coll. Biblioth seul est traité ; toujours du sentiment! Comme si le monde ne contenait pas 40Lironie de Flaubert, là encore, se manifeste dans linterférence du bruit des dominos, maniés par Charles et Homais, et de la voix traînante de Léon déclamant des vers, dans la symétrie comique de Léon et dEmma cultivant simultanément à leur fenêtre les plantes grasses mises à la mode par le livre dun romancier, groupe binaire, objets doubles connotant la monotonie itérative et la bêtise lancinante, que Flaubert, pour cette raison, signale avec un soin irritant. De la même façon la relation qui sétablit de nouveau entre Emma et Léon à Rouen est présentée demblée comme fondée sur lillusion et par conséquent vouée à léchec. Le présent est vécu, magnifié par les prestiges des souvenirs communs ; la vie quils ont menée séparément est romancée en fonction dun modèle idéal, conforme à celui sur lequel se fondait leur idylle à Yonville, chacun des deux personnages sefforçant de nier la durée écoulée entre la séparation et les retrouvailles. Cette illusion est dénoncée par le montage critique qui consiste ici à faire alterner le discours que tiennent Emma et Léon sur leur vie fictive et le commentaire de lauteur sur celle quils ont réellement menée p 653. 6 a. Selon ces deux extraits, quelle est la mission de la littérature? Flaubert citait dailleurs volontiers Chateaubriand à lépoque de la rédaction de la première Tentation, selon Du Camp Souvenirs littéraires, op. Cit, p. 291 : Chateaubriand, que tu cites volontiers. Bov, p 589. Pour cet amour maternel propriétaire, conséquence logique de lidéologie bourgeoise contemporaine, voir la lettre de Flaubert à sa mère, Constantinople, 15 décembre 1850 :..je nen aimerai jamais une autre comme toi, va, tu nauras pas de rivale. Corr. Pléiade, t. I, p 720.
Lettre à Louise Colet du 29 janvier 1854, Pléiade II, p 518. Ce personnage figure au contraire la maîtrise de la réalité économique du monde moderne, en relation avec les banques.
Presque tous les passages évoquant la sexualité dEmma ont disparu ou ne subsistent plus que sous forme dallusions ou de jeux de mots.
Ibid., p. 641, à Jules Duplan 11 octobre 1856. En matière de décor et de mobilier, la différence entre le monde et le demi-monde nest guère perceptible. Les meubles de la Païva témoignent par exemple dun goût pour un luxe et un raffinement très traditionnels, dont les formes et les matériaux évoquent les styles de lAncien Régime. Laborieuses : Javais à cette époque beaucoup étudié le théâtre de Mme Sand fait son entrée en robe fleur de pêcher, une toilette damour, que je soupçonne mise avec lintention de violer Flaubert. On croirait voir Pasiphaë en Négritie. De critique littéraire ; il sen garde bien pour ce qui concerne Sade, avec Voir le fétichisme de Flaubert lui-même : lettres à L. Colet du 4-5, 6-7, 13 août 1846 sur les pantoufles, la mitaine, le mouchoir de la femme aimée. Une tentative dune telle ampleur présente nécessairement quelques lacunes, quon peut souligner au passage. Naurait-il pas été utile, par exemple, de questionner la notion d empathie, qui constitue le ressort caché, ou le repoussoir, de bien des pages de lœuvre notamment pour Madame Bovary ou Félicité, lhéroïne d Un cœur simple, dont la fin se maintient dans lambiguïté de lémotion partagée et de lironie implicite? On aurait pu aussi analyser et commenter le nous qui, au tout début de Madame Bovary, introduit un système dénonciation avec narrateur intradiégétique qui disparaîtra de toute la suite du livre : il semble nen être question ici, curieusement, quau détour dun exposé sur la Sociocritique. Quant au rien, qui a représenté un moment une figuration importante de lambition esthétique de Flaubert faire un Livre sur rien, confessait-il et semble annoncer la vacuité assez générale de LÉducation sentimentale, on sétonne quaucune réflexion développée ne lui soit consacrée, en dehors dune rapide mention à propos d Un cœur simple. Elle aurait permis pourtant de lier lautonomie revendiquée du style à la disparition du sujet décriture et de faire comprendre à quel point Flaubert annonçait lune des lignes de force de la littérature du XX e siècle. Associés à cette poétique du vide et du suspens quil pratique, les silences de Flaubert, auxquels Gérard Genette a consacré naguère une remarquable analyse, auraient pu fournir une entrée : ils informent simultanément sa stratégie décriture, sa perception du monde et son esthétique. Deux cents ans. Mais je ne voudrais pas naître maintenant et être élevé dans.
